Deux petites historiettes qui me sont arrivées récemment (à exactement 24h d'affilée, pendant un weekend absolument incroyable qui n'aura finalement été qu'une seule grosse fête) :
Vendredi soir, fin d'Unrelated vers les Halles. Froid de canard, température corporelle en dessous de "je vais mourir", et une nuée de hipsters prêts à se jeter sur le premier taxi assez généreux pour s'arrêter et leur faire l'aumône d'un déplacement à peu de frais.
Sorties de boîtes, avenues riches, le tout-Paris en manteau à fourrure s'était donné rendez-vous pour mon hypothermie.
Puis, vint le moment où j'aperçois enfin une calèche motorisée, prête à m'amener dans le plus bel endroit du monde : Mon lit. Sauf que c'est précisément là qu'un gentilhomme (licence poétique) s'approche du taxi en me disant "Non c'est moi, je l'attends depuis une heure".
Pas de chance, le taxi était apparemment plus que disposé à me prendre moi (il faut avouer qu'avec mon manteau long et mes chaussures cirées, j'étais infiniment plus élégant et rassurant que mon concurrent en pantalon baggy et casque vissé sur le crâne). Cela n'empêche pas notre ami d'insister : "Non mais attendez, ça fait une demi-heure que je suis là !".
Oh, la vilaine erreur.
Je lui jette un regard de défi déjà gagné, lui lance "Une demi heure ou une heure ? Faudrait savoir !" et m'engouffre dans le taxi comme un malpropre. Mais plus propre que lui, toutefois.
s'ensuit une conversation où je suis d'une scandaleuse mauvaise foi en discutant avec le taxi, condamnant l'attitude de ce jeune homme qui, mais ça personne ne le saura, attendait en effet depuis plus longtemps que moi.
Interlude de qualité.
La seconde histoire se passe le lendemain, donc, à la sortie d'un bar en présence de nombreuses personnes extrêmement alcoolisées à qui j'ai pu, à un moment de la soirée, mâchonner les cheveux.
Livré en pâture à la nuit parisienne mais toutefois en charmante compagnie, je commence à me dire que choper un taxi semble encore une bonne idée. Une fois encore, c'est la farandole aux couleurs fluo, à l'argent qui s'affiche facilement, et au pavé battu par des gens qui marchent beaucoup trop pour véritablement avoir besoin d'un taxi. C'est alors que je me mets à expliquer à ma délicieuse coéquipière d'infortune, non résidente de la ville lumière, à quel point attraper un taxi est un art. Non sans me vanter de ma performance de la nuit précédente, je me mets à théoriser sur l'analyse topographique des différentes artères.
"Tu vois, par là il viennent en masse, et plein. La station ne doit plus être très loin. MAIS, il ne faut surtout pas attendre à la station, il y en aura pour une heure minimum. Le vrai plan, c'est de marcher encore un peu en amont. Et c'est là qu'il y a un piège.
Si tu ne t'éloignes pas assez de la station, le chauffeur ne s'arrêtera pas pour toi, t'enjoignant à rejoindre la masse piétinante, là où il SAIT qu'il aura des clients. Non, la vraie chose à faire, c'est de marcher encore un peu, à environ 10 minutes de la station, tout en continuant à repérer d'où vient le flux des véhicules qui nous intéressent."
A ce moment là, je me suis senti comme un coach avant un match de football américain, inscrivant ronds, flèches et croix sur un paperboard afin d'expliquer comment optimiser ses techniques afin de rentrer chez soi le plus facilement.
Peut-être alors que je me suis fourvoyé en écrivant le titre alternatif de cet article. Attraper un taxi à Paris n'est pas un art, c'est un sport. De haut niveau. Et je peux me vanter d'en avoir quelques bien méritées médailles.


